24.08.2011

Europe Écologie - Les Verts font de l'Habitat participatif l'un des axes majeurs de leur politique du logement

EELV a ouvert la saison des réunions estivales des partis politiques en dernière ligne droite vers la définition de leurs projets de campagne présidentielle. L'enjeu pour Eva Joly et ses complices est de taille : comment convaincre les français de la nécessité impériale d'engager la transition écologique? Et quelles seront les modalités concrètes de cette politique en rupture avec les règles du système ancien qui semble à bout de souffle. Chauffés par la canicule et l'activité intense des esprits, les débats, forums et ateliers ont produit des réponses et des mesures alimentant le programme à venir.
Plusieurs élus verts (Strasbourg, Toulouse, Paris, Montreuil, IdF...) participent déjà activement à un groupe de réflexion autour de la question de l'Habitat participatif créé lors des Rencontres Nationales de l'Habitat Participatif à Strasbourg en novembre 2010. Ensemble avec les techniciens des collectivités, ils cherchent à mieux définir les différents types de projets et à analyser leur intérêt pour la politique publique. Les premiers résultats de ces travaux sont à l'origine d'une formulation d'orientations générales en faveur de l'Habitat participatif qui devraient être intégrées dans le programme des élections présidentielles. Elle sont basées sur des constats clairs :
  • Les porteurs de projets d'Habitat participatif sont radicalement engagés pour la construction d'un avenir plus durable et solidaire.Parmi les acteurs conventionnels, seuls les sociétés HLM sont suceptibles de réagir mais l'inertie de ces structures et le cadre économique et légale du logement social très contraignant réduisent leurs marges de manœuvre et rendent souvent l'évolution des pratiques difficile. Quand aux promoteurs, ils ne gèrent que le présent et leur logique mercantile impose une recherche de résultats immédiats.À ce niveau,ils ne partagent généralement pas les objectifs d'une politique publique qui se préoccupe des enjeux à long terme.
  • Les projets d'Habitat participatif peuvent créer les conditions d'une transition écologique bien au-delà des logements qu'ils construisent. Les principes de la coopération au quotidien appliqués peuvent initier ou soutenir des actions innovantes à l'échelle de leur quartier et même de la ville. D'autre part ils agissent dans des domaines divers comme par exemple les déplacements, la solidarité inter-générationnelle, l'handicap et les circuits courts.
  • L'Habitat participatif n'est pas une solution miracle contre la crise du logement. Ces projets sont longs à mettre en œuvre et ne peuvent répondre aux urgences immédiates. D'autre part ils nécessitent une évolution des pratiques et de certaines conditions légales et fiscales. Enfin, ils demandent un fort engagement des citoyens qui restent difficile à mobiliser après 60 ans de prise en charge par un système basé sur l'individualisme et la consommation passive de biens et de services. En revanche une demande sociale est avérée et la démocratisation de la démarche peut multiplier ces bonnes pratiques à moyen terme.
Ces constats se transforment en orientations et mesures qui pourront sans doute enrichir les projets des autres partis et notamment des partenaires potentiels d'EELV. En effet, l'Habitat participatif, c'est de la politique au quotidien en faveur d'une transition écologique pour nos villes, nos territoires et notre société en général. C'est sont des citoyens engagés pour la conservation de la qualité de vie et des ressources pour les générations actuelles et à venir. Acteurs à part entière et responsabilisés, ils se mobilisent collectivement pour une perspective d'avenir. Une coopération entre eux et les collectivités peut multiplier les effets positifs pour de nombreux sujets relevant de l'intérêt général.
Toits de Choix contribue activement au processus de réflexion engagé et soutient notamment les mesures et initiatives suivantes :
  • Restauration du statut juridique des Coopératives d'Habitants.
  • L'adaptation de la fiscalité et des statuts juridiques conventionnels (SCA, S3C...) aux particularités de l'Habitat participatif.
  • Redirection d'une partie des aides à la construction des logements privés au profit des projets d'habitat participatif, modulées en fonction de leurs potentiels en terme d'intérêt général.
  • Création d'un fond de garantie financière intervenant dans les phases opérationnelles des projets.
  • Soutenir les initiatives structurantes locales, régionales et nationales.
  • Soutenir les opérations pilotes.
  • Création d'un réseau de Centres de ressources régionaux de l'Habitat Participatif.
  • Création d'un comité national d'évaluation et de suivi du développement des conditions et des bonnes pratiques de l'Habitat participatif, en concertation avec TOUS les acteurs : collectivités, élus, associations citoyennes et professionnelles, sociétés HLM, acteurs publics de l'aménagement et organismes professionnels concernés.
  • Intégration systématique de l'Habitat participatif dans les PLH et dans les projets publics d'aménagement.

07.03.2011

Les Béalières de Meylan, un quartier exemplaire et coproduit avec les habitants il y a ... 27 ans

Bruno Parasote consacre dans son livre (1) sur l’autopromotion un chapitre à ce quartier construit dans les années 80 à Meylan dans la région de Grenoble. La municipalité décide de créer dès le départ un Atelier Public Urbain animé par l’urbaniste Charles Fourrey. Plusieurs groupes de futurs habitants se présentent rapidement. C’était l’époque très active du MHGA, le Mouvement d’Habitat Groupé Autogéré qui faisait le lien entre une centaine de projets dans toute la France. Les bailleurs sociaux, eux aussi on joué le jeu et ont invité les futurs locataires à participer à la conception de leurs logements et du quartier.
bealiere_plan.jpgLe résultat de ce processus réellement participatif de planification urbaine est un ensemble étonnant de 550 logements dont 38% de logements sociaux où la verdure est partout, des formes architecturales variées et souvent organisées en îlots avec des espaces collectifs autogérés. Et l’implication des habitants dans la gestion de leur cadre de vie perdure jusqu’à aujourd’hui à travers des actions de l’Union des Habitants du Quartier des Béalières, une association très mobilisée pour les questions de leur quartier mais aussi du développement urbain de Meylan en général.
Actuellement les collectivités et les urbanistes s’intéressent à nouveau à la participation des citoyens à l’échelle de la conception d’un quartier et ils s’interrogent sur les méthodes et modèles à mettre en œuvre. Une étude (2) du projet des Béalières rédigée en 1983 par l’Atelier d’architecture A4 fournit une analyse très détaillée des processus. C’est l’une des rares études qui se consacre notamment aux rapports entre habitants impliqués dans la conception des logements et les architectes. « Le technicien ne peut plus se cantonner dans un anonymat de bon aloi, il n’est pas seulement interpellé sur son savoir technique. ». En revanche, dans le cas des logements sociaux les contraintes techniques et budgétaires laissent peu de place à une réelle conception partagée. D’autre part il est difficile pour des foyers des bailleurs de se projeter dans l’avenir. Néanmoins les auteurs constatent que ces travaux ont permis une forte appropriation du futur quartier par les locataires HLM.
bealiere_1.jpgLes trois projets en autopromotion se présentent sous un angle complètement différent.  Portés par les futurs propriétaires, ils défendent une approche très politique de l’habitat tout en mettant en place une « stratégie individuellement rentable ». Pour le pouvoir « les groupes d’habitat autogéré présentent une image singulièrement proche d’un idéal-type de population qui se gère elle-même… et représente un interlocuteur valorisant ». La Mairie décide donc de leur réserver une place dans ce nouveau quartier.
En revanche, les relations avec les architectes se présentent autrement plus compliquées : « il déborde largement de son cadre professionnel usuel et présente même d’étonnants symptômes de déstabilisation ». D’autre part les auteurs constatent la difficulté à adapter les outils de conception et à maîtriser les articulations du travail avec un maître d’ouvrage collectif. L’un des architectes avoue : « J’ai fait une erreur. Je leur ai dit que je me démerde avec les problèmes techniques. Donnez-moi vos demandes, même si elles sont contradictoires. En fait on sort un projet très très compliqué au niveau des études. Là, il y a eu dérapage. ».
bealiere2.jpgEn conclusion, cette étude confirme les avantages politiques et sociaux de la participation mais elle montre aussi les difficultés réelles des professionnels à répondre d’une façon adaptée à ces porteurs de projets. Dans certains pays européens, ces Maîtres d’Ouvrage citoyens se sont multipliés dès la définition d’un métier spécifique de la conduite de projets d’habitat participatif. Ces professionnels opèrent notamment comme facilitateurs entre les différents acteurs et régulent les processus en permanence. Aujourd’hui ces structures émergent en France en même temps que la demande politique et citoyenne s’intensifie.
(1) Bruno Parasote : Autopromotion,  habitat groupé,  écologie  et  liens sociaux, 2011 Edition Yves Michel
(2) Nous tenons cette étude à votre disposition. N’hésitez pas à prendre contact avec nous.

25.09.2010

Construire ensemble le Grand ensemble

bouchain_grandensemble.jpgL’équipe de Construire ensemble/Le grand ensemble, composée des architectes Patrick Bouchain, Loïc Julienne, Nicole Concordet, Sébastier Eymard, Chloé Bodart et Denis Favret, n’a de cesse de démontrer que l’acte de bâtir n’implique pas les premiers concernés – ses habitants – et expérimente une autre façon de produire et de gérer l’habitat collectif. Ils viennent de publier un livre dans l'édition Actes Sud, une compilation d'article sélectionnée et commentée par Patrick Bouchain. Voici quelques extraits :

Loïc JULIENNE, architecte

C'est ensemble que nous vivons dans ce grand ensemble qu'est le quartier. C'est ensemble que nous pouvons construire une ville autrement : non pas comme les "grands ensembles", construits par des machines à préfabriquer du logement pour des êtres abstraits, mais pour des êtres particuliers et quête d'habitat.

Lucien KROLL, architecte :

Nous préférons demander à des groupes d'usagers de nous aider simplement à atteindre une complexité habitable et adaptée pour aujourd'hui et pour l'avenir. Elle sera toujours plus authentique que celle que nous pouvons assurer seuls. C'est un service que nous quémandons : ils le comprennent vite et les relations redeviennent aussitôt équitables. Dans les groupes de discussions (jamais de discussions individuelles), les habitants changent lentement leurs projets d'après ce qu'ils entendent des autres et non pas pour s'y conformer, mais au contraire pour l'enrichir de leurs différences. Et il faut le croire, je l'ai souvent observé, après sa méfiance naturelle, subitement, le groupe décide de faire confiance : nous pouvons alors lui proposer toutes les audaces. Qu'il est difficile d'être génial, couché en solitaire sur un mètre carré de papier blanc...

Ce qu'on omet en parlant de participation, c'est son impact sur le "design" même du paysage, sur sa complexité, ses contradictions, le spectacle de la diversité de ses "clients" impliqués par ces relations directes, à chaud, sur son rôle exclusivement empathique envers les usagers : l'architecture ne peut être qu'une fête qui réjouisse ses habitants.

Edouard DOR, Patrick BOUCHAIN, architectes

Actuellement, le "citoyen utilisateur" se trouve le plus souvent, en bout de chaîne : il reçoit un habitat imaginé, conçu et fabriqué par d'autres et dans lequel il doit vivre. La démocratie s'arrêterait-elle bizarrement aux portes de nos immeubles? Et lorsqu'on sait que le quartier est la juxtaposition d'immeubles et que la ville est la juxtaposition de quartiers, qu'en conclure? Pour que le citoyen aime son habitat, son quartier, sa ville, pour qu'il s'y sente bien, pour que ces endroits soient des lieux d'accueil, d'échange, de partage, de bonheur et de repos, ne faut-il pas, avant toute chose, se pencher sur le sens de ce qu'est "l'acte d'habiter", s'interroger sur le sens de ce que l'on construit, avant de s'interroger sur la forme à lui donner? C'est le sens qui doit déterminer la forme et non l'inverse. C'est lui qui la justifie, mais plus encore qui la nourrit, l'irrigue, en un mot : la fait vivre.

Valérie de SAINT-DO, journaliste

Des brèches s'ouvrent, osons le mot, à l'utopie, ou plutôt aux micro-utopies en actes. À la théorie globalisante et totalitaire, des groupes humains s'opposent des expériences placées sous le signe "small is beautiful" : système d'échanges locaux, coopératives de production, collectifs artistiques, habitats alternatifs, que l'on classe, faute de mieux, dans la case "économie sociale et solidaire", et que l'on pourrait aussi étiqueter : "culture de la relation", "réinvention des échanges", "réappropriation"... Une constellation disparate qui a fait sienne la maxime "Penser global, agir local", ou celle, plus poétique, de Miguel Torga : "L'universel, c'est le local moins les murs".

Il y aura, n'en doutons pas, un combat à mener, y compris contre ceux qui regardent avec bienveillance ces démarches tant qu'elles se cantonnent à des "niches" expérimentales. Le risque existe d'instrumentaliser ces démarches pour cautionner une société duale, où l'autoconstruction serait réservée aux exclus du travail et du logement "normal" et normé. Raison de plus pour les faire connaître, pour créer une contagion d'expériences qui ne se veulent pas des "modèles", mais résistent précisement à la norme de nos sociétés.

Patrick BOUCHAIN, architecte

Lorsqu'un habitant réclame quelque chose, il l'exprime le plus souvent au travers d'une plainte et pas d'un désir - c'est le début du mécontentement. Il attend passivement que la chose soit faite et n'est pas acteur de sa réalisation. L'élu, de son côté, tente d'agir, mais son action est broyé par les procédures bureaucratiques et sa réponse retardée, affaiblie, souvent même dévoyée - il n'apparaît plus comme l'autorité commandant la chose.

Si l'on veut faire autrement, il faut arrêter de tout programmer, contrôler, affecter préalablement, ce qui implique une autre écoute de la demande et une autre réponse, ainsi qu'un retour à des outils simples, utilisables par tous, que l'on soit élus, architecte, constructeur ou utilisateur. Pour cela, il faut une architecture de souveraineté communautaire, c'est à dire une architecture d'habitants faite de réseaux et de relations, une architecture de main-d'œuvre, alternative, écologique.

C'est de l'expérimentation de cette façon de construire que naîtra une architecture humaine.