17.10.2009
Conseil vs Autonomie?
Je réagis ici sur un article rédigé par Annable sur son Blog "Journal d'une aspirante à l'Habitat groupé" et je vous invite à le découvrir avant de lire ma note. J'ai essayé de déposer ma réaction comme commentaire sur sa page, mais le nombre de signes semble excéder la capacité d'écoute du serveur de son blog. Et comme j'ai le mien...
le blog "Journal d'une aspirante..."
Pour ceux qui sont pressés, elle pose dans son article la question de l'accompagnement professionnel pour collectifs d'Habitat groupé. Pour ma part, je préfère le terme de "conseil", "l'accompagnement" me semble trop proche des métiers médicaux et de la notion d'assistance pour personnes en difficulté. Il ne s'agit pas de palier à un handicap ou un manque qui caractériserait ces projets par rapport à une situation normale. Il s'agit plutôt d'un apport externe qui facilite le déroulement du projet. Ce métier peut être identifié comme émergeant en France. Cependant il est considéré comme facteur majeur de réussite pour les projets dans les pays où l'Habitat groupé en Autopromotion est aujourd'hui une pratique courante.
Voilà pour l'introduction.
Je suis l'un de ces nouveaux experts dont parle Annabel, que je salue par ailleurs chaleureusement. Je prétends apporter des solutions pour des personnes dans son cas, ceux qui cherchent à habiter autrement, de donner un nouveau sens au lieu de leur logement. Et enfin je suis doublement prétentieux, car aucune légitimité me conforte dans ma proposition, ni réalisations, ni nominations, ni même une reconnaissance pour l'initiative de vouloir conseiller (voir l'article) a part de quelques résultats concrets dans notre région et une pratique courante à l’étranger. Alors je patauge comme tout le monde et je prend mon clavier pour réfléchir à voix haute.
Annabel pose donc la question de l'autonomie. Je pense comme elle, qu’il est temps de récupérer un petit coin de la boîte noire qui nous entoure et qui nous fournit services et biens en échange de paiement plus ou moins comptant. Elle produit parmi d’autres des logements qui offre un abri contre la pluie mais pas contre la misère humaine, la solitude ou la violence entre voisins. Ces logements coûtent une fortune, sont souvent de mauvaise qualité et nous obligent à trimmer comme des malades pendant 20 ou 30 ans (les actionnaires des banques s'en réjouissent, nous travaillons à leur place). Donc reprenons en main nos besoins en matière de logement et saisissons l'opportunité pour en faire un habitat rempli avec de la vie et du sens.
Jusqu'à là je suis "autonomiste" 100% radical. Maintenant, comment faire. L'intention seule ne suffit pas et l'autonomie ne s'achète pas, elle s'acquiert. Donc au boulot, les réunions, les débats, les échanges, et petit à petit nous gagnons du terrain. Un sentiment collectif naît, une organisation émerge, nous écrivons une nouvelle histoire.
À partir de ce moment-là, je vois deux alternatives.
L’une cherche à renouveler sans cesse l’ivresse de la découverte, de l’écriture et la profondeur des sentiments individuels et collectifs. Ce mouvement sera forcément méfiant voire hostile à toute influence qui pourrait mettre un terme à cette dynamique. Mais où est la limite de la démarche, de la recherche de l’autonomie ? Par malheur, je n’en vois pas. Une fois une étape franchie, des nouvelles questions se posent. Des réponses suscitent de nouvelles interrogations. L’autonomie totale n’existe que dans la mort, la vie n’est que interdépendances. Voilà le grand danger qui guettes les aventuriers qui se lancent dans cette direction. Le risque de se perdre, est omniprésent, le risque de perdre ses compagnons de route l’est encore d’avantage.
L’autre voie consiste à interroger la démarche sur sa capacité d’aboutir à une concrétisation, à devenir réalité matérielle. Et nous allons découvrir les milles et unes contraintes de l’acte de construire dans notre Pays. Droit urbanistique, économie du bâtiment, obligations légales et, dans notre région marquée par la densité et la pression démographique, la politique. Cette montagne se dresse devant nous avec toute sa noirceur et hostilité pour l’aventurier solitaire. Se pose donc la question de faire appel à un guide, l’expert de chemins tortueux qui permettent de franchir l’obstacle.
Voilà l’idée que je me fais de ma proposition. Je crois connaître quelques pistes pour aider le groupe d’aller jusqu’au bout de son projet. Je précise que ce n’est pas moi qui définis le projet, je n’en assumerai pas les conséquences, ce n’est pas mon projet. C’est bien au collectif qu’il appartient de décider de la direction à prendre.
Quand vous montez dans un taxi, c’est vous qui annoncez la destination. Et vous pouvez même demander au chauffeur de passer par ici ou par là. Mais la destination reste la vôtre, et pas celle du chauffeur. En revanche, il vous aide à y arriver plus vite. Bien entendu, vous pouvez prendre le vélo, mais attention aux orages et aux portes des conducteurs peu prudents qui s’ouvrent. Sans parler des erreurs de direction, puisque vous ne connaissez pas le chemin, ou des clous versés sur la route par des gosses malveillants.
J’arrête la littérature, ça n’a jamais été mon fort. Mais j’espère que mon point de vue a été lisible. La démarche de l’Habitat Groupé consiste d’abord de récupérer la maîtrise de son besoin de logement afin de réaliser un habitat selon ses idées, être acteur au lieu de consommateur. Plus tôt ou plus tard, il devient incontournable de faire appel à des experts. Notaires, architectes, entreprises de construction… ces experts qui interviendront dans la phase de la réalisation, tout le monde les accepte. Les rapports entre eux et la Maîtrise d’Ouvrage sont clairs.
Voilà un modèle à appliquer aux relations entre un collectif d’habitat groupé et son conseil, accompagnateur, guide, appelez-le comme vous le voulez. Il est au service du projet défini par le groupe et sa sincérité ou son intégrité morale n’ont effectivement aucune importance. Seules ses compétences professionnelles spécifiques comptent ainsi que sa capacité à résoudre les problèmes qui se présentent. Sa mission consiste à faciliter la réalisation du projet du Maître d’Ouvrage. Ses conseils peuvent aider à optimiser les moyens et orientations, mais jamais il ne se substitue à celui qui a la maîtrise et la responsabilité finale du projet, c’est à dire, le groupe. C’est au conseiller de s’adapter à celui qui demande conseil, et c’est au conseillé de prendre la mesure de ses responsabilités ainsi que les décisions qui le rapprochent à son objectif.
Ceci étant dit, le risque de manipulation par l’accompagnateur subsiste, comme il existe dans les rapports avec architectes, entreprises, collectivités et autres intervenants extérieurs. Même certains membres des groupes ne résistent pas à la tentation et cherchent à manipuler d’autres membres. Ma fois, c’est comme ça. Il faut rester vigilant.
Cependant le refus du conseil adapté à ce type d’opération par principe d’autonomisation ou par volonté de se réapproprier la question du logement est un facteur de risque énorme (Annabel le confirme dans son texte) et n’a pas de sens. La question est celle de la Maîtrise et ses objectifs. En fonction des réponses, chacun adapte les procédures ou méthodes. Et le conseil professionnel peut faire parti de ces méthodes, ça ne fait aucun doute pour moi.
J’ai ajouté une brique à ma légitimité ? Peut-être, peut-être pas. On verra ensemble ce que ça va donner, nous sommes tous en train d’inventer.
Bien à vous
Stefan Singer
22:14 Publié dans Autopromotion, principes et philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : accompagnement, autopromotion, habitat, conseil, autonomie, toits de choix


