25.02.2009

L'Habitat groupé comme produit commercial

Je suis tombé ces jours-ci à plusieurs reprises sur la présentation d'un nouveau concept d'habitat proposé par l'architecte Patrick Rheinert. Il l'appele "Une résidence pour réinventer le voisinage". Vous pouvez accéder à cette présenation par ce lien:

http://www.maisonapart.com/edito/immobilier-une-residence-pour-reinventer-le-voisinage-2617.php

L'approche est assez simple. Il s'agit de mettre en œuvre le concept de l'habitat groupé sous forme de produit commercialisable.

Un bien joli produit qui correspond évidemment à une nouvelle demande pour plus de proximité, plus de lien et de la qualité environnementale.
Un bien joli produit qui positionne l'habitant de nouveau comme consommateur là, où on pourrait lui faire une place d'acteur.
Un bien joli produit qui doit encore trouver un producteur qui se lance dans l'aventure dans une période où les promoteurs se replient sur du basic, standardisé et moins risqué. Sans parler du fait qu'ils n'aiment peu la mixité. Ils considèrent la proximité entre logement social et propriété conventionnelle comme un élément pénalisant la commercialisation. Sans parler de la rentabilité diminuée pour les investisseurs dans le locatif due au surcoût initial.

Et quand je vois annoncé en option les toilettes sèches, je suis à peu près certain, que cette option ne sera que très rarement mise en œuvre.
Et quand je lis qu'Effinergie est un label qui certifie la qualité des matériaux, je cherche dans les référentiels et je ne trouve pas grand chose à ce sujet.
Et quand j'imagine le GG (le Gentil Gardien), j'imagine le boulot immense que représente la création du lien entre des habitants qui partagent pas forcement le même état d'esprit. Bien sur, si ce lien proposé se limite à l'entretient de l'éclairage des parties communes, ça semble envisageable. Et un habitat n'est pas un Club de vacances...

M l'architecte dit très justement que ce type de concept fonctionne. Peu en France, nous sommes d'accord, mais si ça fonctionne ici ou ailleurs, c'est que les habitants sont porteurs de leur projet collectif. "Faire et Vivre ensemble" sont les liants de ces projets. De plus il semble indispensable de créer des conditions matérielles pour que le lien social se renouvelle en permanence (salle polyvalente, atelier commun, chambres d'amis, potager partagé...). Les projets qui font l'économie de ces espaces mutualisés, finissent généralement en copropriété conventionnelle avec tous les litiges que nous connaissons.

Le concept marche même très bien chez nos voisins où on atteint les 20% du logement neuf en autopromotion dans certaines villes. Si ça ne marche pas encore ou d'une manière très isolée et "privée" (on dirait que ces projets privés valent un peu moins aux yeux de l'architecte que les projets, quoi?, "public" ou "conventionnels" réalisés par des promoteurs, donc aussi des privés...???), si donc ces projets sont rares en France, c'est que les acteurs conventionnels (collectivité, aménageurs publics ou privés, bailleurs sociaux et promoteurs) ne soutiennent pas cette pratique contrairement aux acteurs des pays où ça fonctionne, et, deuxièmement, les citoyens sont ici habitués a consommer et de ne pas prendre en main leurs besoins.

Heureusement de plus en plus de gens prennent conscience que le concept de l'autopromotion permet non seulement de réaliser des l'habitat d'une autre qualité sociale et écologique, mais aussi moins cher. Les 10% de surcoût (de construction, pas de prix final, si j'ai bien compris) est largement compensé par les 15 à 20% de réduction du prix final (cette fois ci), par ce qu'ils évitent les frais de commercialisation et les marges des promoteurs.

La situation évolue actuellement et les projets et regroupement de particuliers se multiplient. J'aurais préféré que M Rheinert mobilise ses énergie en faveur des ces initiatives citoyennes au lieu de consulter les collectivités qui, de toute manière, ne peuvent rien imposer aux acteurs. A quoi bon un maire motivé et séduit, si aucun promoteur ne se présentera pour réaliser ce projet, qui, en plus, laisse des doutes quant aux moyens mis en œuvre pour atteindre le but, c'est à dire une logement plus humain, plus solidaire et durable, comme on dit aujourd'hui.

Bref, les intentions sont bonnes, mais je pense que l'architecte a fait un erreur de direction. Ceux qui joue au GO connaissent les conséquences fatales de ce type d'erreurs.